WINTZENHEIM 14-18

Avant les combats du 22 août 1914 à Logelbach,

les Français à Turckheim - Version d'un Allemand

(récit de Artur Haag paru dans un journal allemand)

Aus dem Münstertal

De la vallée de Munster

Nach eigenen Erlebnissen geschildert von Artur Haag Récits basés sur des évènements vécus par Arthur Haag

Als Anfang August sämtliche Truppen vom Münstertal gegen die Festung Breisach zurückgenommen wurden, um die Franzosen zu bewegen, eine offene Schlacht in diesem Gebiet anzunehmen, warteten wir in Türkheim gespannt und aufgeregt der Dinge, die da kommen sollten.

Début août, nos troupes [allemandes] avaient été transférées de la Vallée de Munster vers la place forte de Brisach afin de contraindre les Français au combat dans cette région. A Turckheim, nous attendions la suite des évènements dans un climat de tension et de surexcitation extrêmes.

Noch wagten sich die französischen Truppen von den Berggipfeln der Vogesen nicht herab, obwohl an Spionage alles nur Mögliche geleistet worden war. Endlich am siebenten Tage, Freitag den 14. August, erschienen die ersten französischen Vorposten (chasseurs à cheval) morgens acht Uhr in Türkheim, denen ein Bataillon Alpenjäger folgte.

Mais les troupes françaises ne se décidèrent pas à quitter les hauteurs vosgiennes, malgré la qualité des renseignements fournis par l’espionnage. Le 7ème jour enfin, soit vendredi le 14 août à huit heures du matin, les premiers avant-postes français (chasseurs à cheval) firent leur apparition à Turckheim, suivis d’un bataillon de chasseurs alpins.

Die Truppen bezogen Massenquartiere, belegten die grossen Fabrikräume, Gemeindehaus, Post und Bahnhof, während die Offiziere es sich in den Hotels bequem machten. Der Generalstab blieb noch einige Kilometer zurück und wagte sich erst einige Tage später, nachdem auch die umliegenden Ortschaften mit Truppen überschwemmt worden waren, vor, behielt aber Quartier in Zimmerbach, 3 Kilometer von Türkheim entfernt.

La troupe prit ses quartiers dans les halles des usines, la mairie, le bâtiment de la poste, la gare, tandis que les officiers prenaient leurs aises dans les hôtels. L’état-major resta en retrait de quelques kilomètres et ce n’est que dans les jours suivants, les villages environnants ayant été littéralement noyés par les troupes, qu’il s’aventura vers l’entrée de la vallée. Il s’installa à Zimmerbach soit environ à 3 km de Turckheim.

Der Chef war General Bataille, das Muster eines energischen Offiziers ; er soll später bei einem unserer Sturmangriffe am Mönchsberg gefallen sein. Auch die anderen Offiziere und Mannschaften, besonders dieses Bataillons, machten im Gegensatz zu den folgenden Truppen den besten Eindruck, es waren durchweg ruhige Leute, die Mannschaften im Alter von 20-27 Jahren.

Leur chef était le général Bataille, un officier exemplaire et énergique ; il semble qu’il ait été tué un peu plus tard au Mönchberg, lors d’un assaut lancé par nos troupes. Les autres officiers ainsi que les hommes de troupe de ce bataillon firent bonne impression contrairement aux troupes qui suivirent. Ces hommes étaient d’un grand calme pour une moyenne d’âge entre 20 et 27 ans pour les hommes de troupe.

Daher kam es auch, dass die Leute alle viel Geld ausgaben und dadurch leicht die Sympathie der elsässischen Bevölkerung, namentlich der Geschäftsleute gewannen. Um der Wahrheit die Ehre zu geben, verhielten sich diese Leute musterhaft, man bemerkte in den acht Tage ihrer Anwesenheit keinen Betrunkenen, auch sonst liessen sie sich nichts zuschulden kommen und bezahlten alles gerne, so dass der Vorrat an Schokolade und Ölsardinen bald vergriffen war.

Ceci explique que les hommes dépensèrent beaucoup d’argent et gagnèrent ainsi facilement la sympathie des Alsaciens, en particulier celle des commerçants. En toute bonne foi, le comportement de ces hommes fut exemplaire ; pendant les huit jours de leur présence, aucun cas d’ivresse ne fut relevé ; aucun grief ne put leur être reproché ; ils ne laissèrent pas d’impayés, si bien que les réserves de chocolat et de sardines à l’huile furent rapidement épuisées.

Nur der scheue Blick der Leute fiel mir unangenehm auf, und dass sie auch keinen offenen Blick aushalten konnten. Der Oberst, der einige Tage vorher seinen Sohn bei Münster verloren hatte, war sehr ernst und traf alle Massnahmen zur Aufrechterhaltung der Ordnung. Abends nach sieben Uhr durfte sich kein Einwohner auf der Strasse mehr blicken lassen, niemand durfte den Ort verlassen.

La seule chose qui retint mon attention fut seulement leur regard fuyant et leur attitude gênée. Le colonel dont le fils avait été tué quelques jours auparavant, était un homme très rigoureux. Il prit toutes les mesures nécessaires au maintien de l’ordre. Après 7 heures du soir, interdiction était faite aux habitant de se trouver dans la rue, personne n’avait le droit de quitter le village.

Die Preisse für Getränke, Fleisch, Wurst usw. wurden vorgeschrieben, zum Schrecken der Wirte und Kaufleute. Der Liter Wein musste zu 40 Pfennig verkauft werden (die Qualität war aber nicht vorgeschrieben und das deutsche Weingesetz ausser Kraft). Am zweiten Tage wurde am historischen Tore Türkheims von einer Fahnenkompanie feierlich die Trikolore gehisst unter dem Geschmetter des beliebten französischen Musikinstruments, der Clérons.

Le prix des boissons, viande, charcuterie etc. fut réglementé au grand dam des patrons de bistrots et des commerçants. Le prix du litre de vin fut fixé à 40 Pfennig (par contre la qualité du vin ne fut pas fixée alors que la législation allemande relative au vin était caduque !). Le deuxième jour, le drapeau tricolore fut déployé en grande pompe sur la Porte Historique de Turckheim au son fracassant de l’instrument de musique préféré des Français à savoir le clairon.

Die Elsässische Bevölkerung, die der Feier neugierig beiwohnte, benahm sich auffallend ruhig, kein einziges "Vive la France !" ertönte, wie in vielen anderen elsässischen Orten bei solchen Feiern, was auch von den französischen Offizieren später getadelt und den Einwohnern verargt wurde. Wir Deutsche wurden streng bewacht, doch nicht behelligt, nur ein Angestellter der Fabrik Herzog wurde auf Grund einer Anzeige in Haft genommen, am vierten Tage aber wieder entlassen.

La population alsacienne qui assistait avec curiosité au spectacle, resta étrangement calme. Pas un seul cri de « Vive la France » ne s’éleva. Plus tard, les officiers ont vivement critiqué cette situation et en ont tenu rigueur à la population. Nous, les Allemands, étions sous haute surveillance, sans pour autant être inquiétés. Seul un employé des Ets Herzog fut arrêté suite à une dénonciation, mais relâché au bout du quatrième jour.

Einen Heiterkeitserfolg hatte das Erscheinen des berüchtigten Colmarer Deserteurs Walz, genannt Hansi, der in theatralischem Aufzug (französische Uniform) im Auto ankam, begleitet von einigen Offizieren. Ihm wurde das Amt eines Dolmetschers und Führers übertragen ; mit den Offizieren verkehrte er sehr kameradschaftlich, auch hatte er anscheinend noch mehr Machtbefugnisse. Hansi, der mir von Colmar aus bekannt war, schien sehr gealtert, er selbst mochte sich in Uniform und Gestalt lächerlich vorkommen, für andere bot er ein Bild der Überspanntheit. Er zeigte sich sehr gesprächig, knüpfte auch mit mir eine Unterhaltung an über Erfolge und Richterfolge seiner Truppen, war in Gedanken schon als Herold beim Einzug in seiner früheren Residenz Colmar und bald in Leipzig und Berlin.

L’arrivée du Colmarien Waltz, surnommé Hansi, déserteur [de l'armée allemande] de notoriété publique, provoqua un moment de détente. Il vint de façon théâtrale, en voiture, arborant l’uniforme français, en compagnie de quelques officiers. Le rôle d’interprète et de guide lui fut attribué. Il s’adressait de façon très familière aux officiers et sans doute ses pouvoirs étaient-ils plus étendus. Hansi, que je connaissais de Colmar paraissait vieilli ; il devait se trouver particulièrement ridicule dans son uniforme et dans ce rôle, pour d’autres il passait pour un excentrique. Il se montra très bavard et m’entraîna dans une discussion quant aux succès et aux revers de ses troupes, en pensée, il se voyait déjà réintégrer en héros sa résidence colmarienne, avant d’entrer dans Leipzig puis Berlin.

Die später folgenden französischen Truppen waren Chasseurs à pied, die einen weniger günstigen Eindruck machten und sich auch, wie die folgenden Bataillone Alpenjäger, verschiedenes in Türkheim zuschulden kommen liessen.

Les troupes françaises suivantes, des chasseurs à pied, firent moins bonne impression tout comme les bataillons de chasseurs alpins qui suivirent et ils ne laissèrent pas que de bons souvenirs.

Ganz versagte nach meiner Ansicht das französische Sanitätswesen. Wir hatten in Türkheim unter Leitung des ortsansässigen Arztes Dr. Fuchs eine freiwillige Sanitätskolonne gebildet und die Schule als Lazarett mit 22 vollständigen Betten und ebensoviel Strohsäcken und Matratzen für leichter Verwundete eingerichtet.

Un échec total fut, à mon avis, le service sanitaire français. Sous la direction du médecin-résident, le Dr. Fuchs, nous avions constitué, sur la base du volontariat, une équipe sanitaire. L’école avait été transformée en hôpital de campagne de 22 lits et autant de matelas et paillasses pour l’accueil de blessé légers.

Obwohl wir zu gleicher Zeit in diesem Lazarett etwa 40-50 schwerverwundete Franzosen hatten, kümmerte sich niemand von der französischen Sanitätskompanie um die Nachtwache usw. Die Ärzte und Oberärzte verbanden die unmittelbar vom Schlachtfeld eintreffenden, mit Blut bedeckten Schwerverwundeten mit der brennenden Zigarette im Munde, mitleidlos ; zum Beispiel musste jeder, der gebracht wurde, noch ehe etwas mit ihm vorgenommen wurde, trotz schrecklicher Schmerzen dem Oberarzt seinen Namen, Truppenteil usw. angeben. Die spätere Behandlung der Verwundeten wurde ganz dem Zivilarzt überlassen, und ich erinnere mich, dass, als ich bei einer Nachtwache auf den Wunsch eines Sterbenden den französischen Militärarzt, der im Hause wohnte, früh um fünf Uhr rufen liess, dieser zuerst nicht aufstehen wollte und seinen Leuten Vorwürfe machte : man hätte den Zivilarzt rufen sollen, der Fall sei nicht seine Sache.

Alors que cet hôpital comptait entre 40 et 50 Français grièvement blessés, personne de l’unité sanitaire française ne s’inquiétait par ex. des gardes de nuit, etc. Médecins et médecins-chefs, la cigarette au coin des lèvres, pansaient de grands blessés couverts de sang, en provenance directe du front, sans aucune empathie. Un exemple : chaque nouvel arrivant devait, avant de recevoir les premiers soins et en dépit de douleurs insupportables, décliner au médecin-chef son nom, son appartenance, etc. Puis, la prise en charge des blessés était laissée au médecin civil. Je me souviens que lors d’une garde de nuit, à la demande d’un mourant, à 5 heures du matin, j’ai fait appeler le médecin français qui logeait sur place. Celui-ci a, dans un premier temps, refusé de se lever, puis fait remarquer sur un ton de reproche à ses compatriotes qu’il fallait appeler le médecin civil, la situation n’étant pas de son ressort.

Auch starben einige Leute, die, wenn sie frühzeitig in ein gröseres Spital (Geradmer war nicht weit) gekommen und amputiert worden wären, sicherlich am Leben geblieben wären ; so gingen sie an Starrkrampf zugrunde.

Plusieurs hommes moururent. S’ils avaient été dirigés vers un hôpital plus important (Gérardmer n’était pas loin) et amputés, ils auraient sans doute pu être sauvés au lieu de mourir des suites du tétanos.

Die Franzosenherrschaft sollte aber nicht lange dauern. Als die Deutschen die Wahrnehmung gemacht hatten, dass es sich die Franzosen in Logelbach, Türkheim, Ingersheim usw. gemütlich machten und von einem Gefecht nichts wissen wollten, ging eine Abteilung bayricher Landwehr bis Logelbach und Ingersheim vor, um den Feind herauszulocken ; es kam dort auch zu einem grösseren Gefecht, bei dem auf beiden Seiten grosse Verluste waren, ohne dass etwas erreicht wurde ; die Franzosen liessen sich trotz des Zurückgehens unserer Truppen nicht bewegen, zu folgen.

La domination française ne devait cependant pas durer. Lorsque les Allemands comprirent que les Français s’installaient à Logelbach, Ingersheim, Turckheim, etc et qu’ils n’avaient nullement l’intention de se battre, une section d’infanterie bavaroise s’approcha de Logelbach et d’Ingersheim pour provoquer l’ennemi. D’importants combats eurent lieu et l’on déplora des pertes importantes de part et d’autre, sans toutefois obtenir un résultat significatif. Malgré un repli stratégique de nos troupes [allemandes], les Français ne suivirent pas.

Durch dieses feige Verhalten der französischen Führung war der deutsche Plan vereitelt. Es wurde nun beschlossen, dem Herrenleben der Franzosen ein Ende zu machen. Am 22. August wurde von Colmar aus ein kräftiges Schrapnellfeuer eröffnet und die Franzosen aus Ingersheim und Logelbach herausgetrieben. Dass hierbei einige Gebäude in Mitleidenschaft gezogen wurden, war unvermeidlich ; dabei ist auch die grosse Nudelfabrik Scheurer in Logelbach, worin sich die Franzosen gütlich getan hatten, zerstört worden. Der Zweck war aber erreicht : wie wild fliehende Karawanen kamen Teile der französischen Truppen durch Türkheim und liessen ihre Absätze sehen.

Le plan allemand était voué à l’échec par le comportement lâche des Français. Il fut décidé de mettre un terme à cette occupation française. Le 22 août, à suite d’un tir nourri de l’artillerie, les Français furent forcés de se retirer de Logelbach et d’Ingersheim. La destruction d’un certain nombre d’immeubles était inévitable. Parmi ceux-ci, l’usine de pâtes Scheurer à Logelbach dans laquelle les Français s’étaient installés. Mais le but était atteint : des groupes de l’armée française repassèrent Turckheim tels des troupeaux sauvages en fuite, et s’en allèrent en tournant les talons.

Hiermit endete der Franzosenbesuch in Türkheim, viele enttäuschte Gesichter und die anfangs umschwärmte Trikolore zurücklassend.

C’est ainsi que se termina la visite des Français à Turckheim, laissant derrière eux des visages déçus et dépités et abandonnant le drapeau tricolore vénéré peu de temps auparavant.

Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914/15 (pages 478, 479, 480) Traduction Marie-Claude Isner

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L'une des trois photos illustrant l'article

Villa Herzog Wintzenheim Logelbach 1914

Durch eine Granate zerstörtes Zimmer in der Villa Herzog in Logelbach
Chambre détruite par un obus dans la villa Herzog au Logelbach

Source : Illustrierte Geschichte des Weltkrieges 1914/15 (coll. Éric Braesch)

 

 

Hansi, élève-caporal au 152e Régiment d'Infanterie 1914-1915

Hansi
(collection Guy Boyer, président des Anciens Diables Rouges)

Copyright Guy Frank 2016

E-mail : contact@knarf.info


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